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Parcours Théâtral

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Quel théâtre, quel public ?
Enfance théâtrale
À la découverte de l'écriture
À la découverte d'un public
Tout en un

Sociétaire adjoint à la SACD et membre des EAT, Alberto Lombardo a suivi une formation théâtrale de comédien au conservatoire d'art dramatique de Lyon et aux Ateliers Antoine Vitez au Théâtre National de Chaillot à Paris. Il travaille avec Catherine Anne, René Loyon, Bruno Sachel, Jean-Paul Denizon et François Tardi. Gràce à Jean-Claude de Feugas et Bruno Sachel, qui l'incitent à écrire, il devient auteur et toutes les voix qui résonnent en lui depuis l'enfance prennent enfin corps.

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Un auteur pour quel théâtre, pour quel public ?

Lorsque j'écris, j'entends exactement comment chaque mot doit être prononcé, chaque phrase doit être dite, j'entends mes personnages respirer, je sais là où il devront se taire, j'entends tous les sons, les différentes intonations, les rires, les gémissement, les éraillements de la voix, les différentes tonalités, jusqu'aux interjections, jusqu'aux soupirs, je peux éventuellement percevoir les grimaces parfois nécessaires pour démarrer ou achever une réplique et lui donner le souffle juste. Toute la pièce défile en stéréophonie dans ma tête.

Est-ce parce que tout est si précis dans mes oreilles que souvent les lecteurs de mes pièces ne perçoivent pas toujours ce que j'entends, ne captent pas toujours l'humour et le décalage propres à mon univers; Ces mêmes lecteurs qui lorsque le texte est joué sont surpris, enchantés, étaient loin d'imaginer; ne reconnaissent décidément plus ce qu'ils ont lu.

J'écris des textes faits pour être joués.
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Et j'ai la chance, gràce à ma formation théâtrale, de pouvoir monter mes propres pièces. Je ne me sens pas vraiment metteur en scène. Ce qui me passionne ce sont les comédiens et le texte. Que le texte prenne corps, chair, que ce que j'ai entendu en l'écrivant, les comédiens me le fassent réentendre, ou me surprennent et me proposent d'autres intonations, d'autres interprétations qui obligent un nouveau regard sur le texte. Faciliter cette rencontre entre un comédien et un texte. Je me sens davantage directeur d'acteurs ou metteur en jeu.

Travailler sur les intonations, les tonalités, le rythme et les ruptures.

La rupture est le principal moteur dramatique de mes textes. Pour moi, un personnage n'est pas blanc ou noir, vert ou jaune, il est mille facettes à la minute, il passe d'une émotion à l'autre sans crier gare. Pour moi le théâtre c'est cette chance extraordinaire de pouvoir retranscrire en une heure sur scène ce que l'on traverse dans toute une vie. C'est offrir toute une existence en accéléré.

J'aime à voir sur scène des actrices possédées par des mots qu'elles doivent recracher en un temps record sous peine d'auto-étouffement.

Des mots comme des énergies à transmettre, comme de la chair à toucher, comme du désir à offrir.

Mon théâtre est un théâtre du dire. Le dire comme une urgence, un acte, une revendication physique.

Mes pièces traitent de la difficulté d'aimer et de se réaliser et donnent une voix à l'intime. Je m'attache à traduire, avec humour, le langage conflictuel du cœur, du corps et de l'esprit, en mettant en scène des personnages à la dérive et en manque de certitudes. Des personnages a priori désespérés qui possèdent cette faculté de distance, d'analyse et de dérision face à une réalité qui les empêche de se réaliser. Ils sont en quête d'un salut. Ils veulent être traversés, emplis, remplis, pris par les turbulences pour découvrir et avancer toujours.

Le ton est singulier, naviguant entre le drame et la fantaisie, le réalisme et l'absurde. L'écriture est simple et le propos universel.

Comédies dramatiques, comédies de mœurs, divertissements à 2, 4 ou 6 personnages ; Monologues pour femmes et hommes.

Je veux m'adresser au drôle de petit être qui sommeille en chacun de nous avec cette prétention de venir le réveiller, le tourmenter, le dégourdir et le distraire.

Enfance théâtrale

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Du plus loin qu'il m'en souvienne, l'expression par le jeu a toujours fait partie de ma vie. C'étaient de longues heures d'enfant unique passées dans ma chambre à inventer des histoires abracadabrantes et à interpréter des personnages tout droit sortis de mon imaginaire. Mes parents qui devaient s'inquiéter d'entendre à travers la cloison ces voix étranges et multiples, m'emmenaient les week-ends chez des cousins de mon âge. Sitôt arrivé, je leur transmettais ma fièvre du jeu en les mettant en scène dans des histoires que j'inventais et où je tenais évidemment le rôle principal. Pendant les vacances d'été, je poursuivais l'aventure avec d'autres enfants, sur d'autres terrains, et nous présentions nos spectacles devant les familles réunies. C'était ma vie.

Alors quoi de plus naturel pour moi, dès ma première année de collège d'intégrer le Club Théâtre dirigé par une certaine Catherine Anne et de prendre la relève de la direction du club quelques années plus tard, pendant mes années de Lycée. Là, je mettais en scène tout un groupe d'amis dans différentes pièces. Tout aussi naturellement, j'entrais, lorsque je fus en âge de le faire, au conservatoire d'art dramatique de ma ville, Saint-Etienne, puis je passais, après l'obtention de mon baccalauréat, le concours d'entrée du conservatoire d'art dramatique de Lyon, et deux ans plus tard, celui des Ateliers Antoine Vitez à Paris. Tout était simple, évident.

Mes parents, pourtant socialement et culturellement modestes, ont tout fait pour m'aider financièrement et acceptaient l'idée que je veuille devenir acteur, sans pour autant s'empêcher de me transmettre leur inquiétude et l'espoir qu'un jour je rentrerais dans le droit chemin et exercerais un métier stable.

À la découverte de l'écriture

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Montage de textes

Après avoir mis en scène, dans ma jeunesse immaculée, des auteurs comme Racine, Marivaux, Anouilh et Obaldia, je me lance dans des montages de pièces. Comme un besoin d'entrer dans l'univers d'un autre avant de créer le mien propre. Ne rien changer au texte, le structurer autrement, faire des coupes, des collages : et l'histoire n'est déjà plus la même.

En 1986, je mets en scène et j'interprète EUX d'après la pièce Eux ou la prise du pouvoir d'Eduardo Manet, au Théâtre des Trente à Lyon.

Cette pièce qui relate l'étrange union d'un couple devient le monologue d'un homme si désespéré d'avoir perdu sa compagne qu'il se métamorphose en elle.

En 1987, avec la complicité du comédien Philippe Souet, je monte Le jeu de l'amour à partir du Prince travesti de Marivaux, toujours au Théâtre des Trente à Lyon.

À travers les deux personnages féminins principaux de la pièce de Marivaux, Hortense et la Princesse, que nous interprétons, le texte du dramaturge défile comme un kaléidoscope de personnages, de situations et d'émotions.

Adaptation

En été 1987, dans un petit studio Montmartrois, je me plonge dans À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. C'est la révélation. Je suis poussé par le désir de faire une adaptation de cette oeuvre pour le théâtre. Toujours cette manie de pomper l'auteur pour en sortir autre chose. Je décide de retranscrire toute la relation Albertine et de Marcel, depuis leur première rencontre sur la plage de Balbec dans À l'ombre des jeunes filles en fleurs à la lettre d'adieu d'Albertine dans Albertine disparue.

Il s'agit d'écrire une pièce théâtrale avec, autant que faire ce peut, les mots de l'auteur. C'est un long travail de lectures et relectures. Contrairement au Montage ici, on peut toucher à la forme du texte. Traduire certains passages en style indirect dans le roman, en style direct dans la pièce, passer du monologue au dialogue, de la description à la réplique, prendre une réplique d'un personnage secondaire dans le roman et la mettre dans la bouche d'Albertine ou de Marcel, intervertir les scènes, changer les noms des lieux, des personnages, etc...

Au final 90% du texte de la pièce est de Proust et l'on peut voir défiler la relation tumultueuse d'Albertine et de Marcel en 1h20mn.

L'air de rien est créée à Confluences à Paris en octobre 1988. Les amis de Proust retrouvent leur auteur et sont conquis, les néophytes et les sceptiques apprécient.

(Cette pièce sera rejouée 15 ans plus tard, sous le titre Un amour de Marcel, au casino de Cabourg et au Théâtre du Gymnase en novembre et décembre 2003.)

Vers une écriture personnelle

Après ces présentations Proustiennes, encouragé par deux hommes qui ont terriblement compté pour moi, Jean-Claude de Feugas, magicien et poète et Bruno Sachel, auteur et metteur en scène visionnaire), je décide de franchir le cap et d'écrire mes propres pièces.

Et ce n'est certes pas anodin, si mon premier texte donne la parole aux femmes. Dans Tout en l'air (ce qui deviendra plus tard Les femmes ont-elles une âme ?), je traduis les angoisses, les doutes et les espoirs de sept femmes abandonnées par l'aimé, avec une évidence qui frise la schizophrénie.

J'écris ces monologues pour des femmes que j'aime, comédiennes ou pas, et qui, séduites, acceptent de les interprêter à Confluences un certain jour de décembre 1991.

La salle est pleine, les spectateurs réagissent, c'est un succès. Et c'est le signe que je dois continuer dans cette voie.

Je monte ma compagnie, L'EXIT.

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À la découverte d'un public

Public Chéri

Mon théâtre traite de sujets communs sur un ton fantaisiste et fait évoluer des personnages fantasques dans des situations plus ou moins absurdes.

Les spectateurs sont interpellés, ce qu'ils entendent les concerne, on parle d'eux, ils se reconnaissent dans les existences dérisoires de ces personnages assoiffés.

Dès la première pièce, ils sont au rendez-vous et resteront toujours fidèles à L'EXIT et à mon travail.

C'est au départ, un public de connaissances : les amis des comédiens, les relations de travail, de quartier, le médecin intrigué, la pharmacienne touchée, la généreuse boulangère, le surveillant de Musée, ( nombre d'entre eux ne sont jamais allés au théâtre de leur vie) ; Tous sont séduits et en parlent et ramènent leurs amis et s'en reviennent la fois suivante.

C'est gràce à ce public et à son soutien, que L'EXIT a pu, durant toutes ces années, présenter dans différents théâtres, mes pièces. (Par un système de pré-ventes, la compagnie peut louer des salles pour une durée minimum de 30 représentations et assurer la communication des spectacles). Et les bons articles de journalistes curieux ont fait le reste!

D'une pièce l'autre

La foi du commencement

En 1993, c'est la création de Dérives sur un terrain vague à l'Aktéon Théâtre à Paris. Une pièce à six personnages. Deux couples au bord de la rupture s'acharnent à détruire un jeune couple d'amoureux. L'accueil est enthousiaste, le bouche à oreille fonctionne et le nombre de spectateurs ne cesse de croître au fil des 30 représentations. La pièce est traduite en allemand par Klaus Gronau, sous le titre Niemandslandpartien et présente au Théâtre national de Karlsrhue en 1996.

L'EXIT a son public. Elle peut continuer à représenter les pièces de son auteur. Il ne manque plus que les subventions.

En 1994, j'écris la suite de Dérives, La revanche de James (connue plus tard sous le titre de Faux départs), pour les six comédiens qui ont cru dès le départ à cette aventure. Six personnages attendent le salut sur le quai d'une gare. C'est un spectacle plus grotesque, plus provocateur, plus agressif que Dérives, mais le public adore. Il rit de bon cœur.

La rupture compréhensible et un nouveau départ

Dans une structure précaire, non cadrée, non financée comme est L'EXIT, il est difficile d'exiger des comédiens qu'ils passent leur temps à jouer pour la gloire. Il arrive un temps où ils ont besoin de gagner leur vie dans le métier qu'ils ont choisi. La troupe fatalement se décompose.

Je décide alors de m'écrire un monologue, Un homme à p(r)endre, que je joue en 1996 au Théâtre des Songes, puis à Confluences à Paris. L'histoire d'un homme insatisfait et provocateur qui raconte avec dérision les aventures pitoyables qu'il cumule avec des femmes singulières. Le portrait d'un homme qui voudrait s'intégrer au monde qui l'entoure et qui n'y arrive pas. Un homme en marge.

La pièce remporte un vif succès et après toutes ces années, je continue de la jouer un peu partout en France et à Montréal.

Sur la lancée
homme

Cinq ans après Dérives, j'imagine que je devrais faire évoluer mes personnages dans une situation plus classique, écrire une pièce légère, un divertissement.

Dans Un parfum de Montgolfière, je réunis une maîtresse bourgeoise et son domestique. Deux êtres en manque d'amour qui vont jouer durant 1h30 au jeu du chat de la souris.

Un parfum de montgolfière est créé au Théâtre des 3 Bornes en janvier 1998. C'est Dana Burns Westberg de la compagnie Le Horla qui la met en scène. La pièce remporte un tel succès qu'une prolongation est prévue jusqu'à la fin du mois de mai. Les critiques affluent (Libération, le Journal du Dimanche, La Terrasse, Le journal du Théâtre, etc...), le public court. Depuis elle a été publiée, traduite en italien par Fausta Squatriti et en anglais par Alex Bollinger, et est jouée par différentes compagnies.

En 2000, je reprends les rennes de L'EXIT et j'écris Longtemps nous nous sommes réveillés avec un mal de crâne (actuellement Tout ça pour toi), une pièce à quatre personnages. Je reviens à mes préoccupations premières, le désenchantement dans le couple, le désamour et l'absurde, avec toujours une place prépondérante pour le sexe féminin.

Longtemps nous nous sommes réveillés avec un mal de crâne est représentée au théâtre des 3 Bornes à Paris pour 60 représentations et au Chok Théâtre à Saint-Etienne.

Mon théâtre est un théâtre de Fantaisie. Ce qui déroute c'est peut-^ztre ce gouffre qui existe entre les personnages, les situations et le discours tenu.

Une autre démarche

Puisque jouer longtemps dans des petits théâtres ne suffit pas à inciter les décideurs culturels à se déplacer, jouer dans un grand théâtre parisien, un lundi soir, aurait peut-être plus d'échos.

Résonances de Femmes (actuellement Les femmes ont-elles une âme ?), est présentée au Théâtre du Gymnase Marie Bell à Paris le 16 décembre 2002 devant une salle comble (750 spectateurs).

Le public explose de réactions enthousiastes et les professionnels ont encore tout raté.

L'année suivante, je réitère au Théâtre du Gymnase et demande aux auteurs Eduardo Manet, Louise Doutreligne, Christian Rullier ; Luc-François Granier, Christiane Schapira et Delphine de Malherbe, tous membres des EAT (Ecrivains associés du théâtre) dont je fais désormais partie, d'écrire des textes sur le désir. À cette occasion je présente le début de ce qui sera Femmes sans Frontière. Et l'accueil positif qui en est fait me pousse à écrire Femmes sans Frontière.

Tout en un

marais

Depuis, quelques-unes de mes pièces ont été éditées, retransmises à la radio, traduites, jouées. J'anime avec un plaisir mordant des ateliers théâtre et d'écriture pour adultes et adolescents, je continue à jouer dans mon théâtre.

Auteur, metteur en scène, comédien, animateur, je porte mon théâtre à bout de bras et cela me plaît et cela me va.

Je veux faire partie du monde qui m'entoure, apporter ce que j'ai, donner ce que je suis, observer, échanger, construire, créer, dans un ensemble.